Cultive-toi-toi-même

Pendant que des américains occupent Wall Street (et que les marcheurs indignés se font inculper à Paris), je profite paisiblement des sorties culturelles lilloises.

Car ce week-end, c’était le Salon fais-le-toi-même, à l’hybride et au cagibi.
Avec samedi soir un très bon concert de Trotski Nautique (alias David Snug et Maud) : de la musique bricolée aux subtils jeux de mots, on ne s’en lasse pas (même avec un son un peu pourri, l’hybride n’étant pas une salle de concert, et le DIY ne prévoyant pas d’ingé son).

Ensuite, il y eut un autre bon concert de Louis minus XVI duo,, dans une salle déjà bien remplie, je me laissai bercer par leurs impros saxo et guitare.

Moi qui me moquais des éternelles photos de « trouvailles de festival » sur les blogs, voilà que je m’y mets, afin de présenter, avec les liens cliquables qui s’imposent, de belles choses vues ce dimanche à Fais-le-toi-même.


Et je commence par tricher : tout en haut, on voit des sérigraphies d’Alain Buyse, qui n’était pas à FLTM #4 mais qui ouvrait les portes de son atelier pour les journées du patrimoine le week-end dernier. Bref.

Je vais te pêter ta gueule‘ est un mini poster-zine abécédaire des coups et blessures trouvé sur le stand de la manufacture errata. Ces lyonnais mériteraient la médaille fltm tant ils cristallisent l’esprit DIY cher à ce festival : ils ont édité le guide « faire un fanzine », vendu à prix libre, et tout à fait pédagogique, et souvent drôle dans son souci pédagogique .Un guide performatif, bourré d’idées aussi dans sa forme : quelques pages personnalisées d’impressions et de collages, de la récup et de l’idée, très classe. Il y a même des fautes d’orthographe, c’est parfait. Je regrette déjà de n’en avoir pris que deux exemplaires, car c’est le genre de zine bourré de bons conseils que l’on laisse traîner en des lieux stratégiques et qui fait pousser les idées chez ses lecteurs.

Ajouterai-je que c’est simple, beau et touchant ? Oui.

En + la manufacture errata fait plein d’autres choses, et j’ai eu en cadeau un mini-zine lyonnais, Rue grognard, fait sur les pentes de la croix-rousse si je ne m’abuse.

Simple, beau et touchant de cet énervement de la jeunesse devant ce monde pourri : les productions de Sardine animal, dont ce Au feu! qui est une drôle de lettre aux générations futures.

Future is now, c’est une publication de Léo Quiévreux éditée à Riga. Beau et sombre comme du Léo Quiévreux.

Il était là, avec Yvang, au stand Crachoir : le numéro 4 de la nouvelle formule de cette revue née en 1992, ils l’ont conçu à deux, avec une bonne idée : proposer des strips, à condition qu’ils ne soient pas drôles. Je n’ai pas fini de le lire, mais déjà le résultat est beau et varié. Et Crachoir est une revue bien campée dans ses strips (parfois drôles malgré tout).

Y a du pâté dans le bal des chattes, c’est le livre édité durant les 2 jours du festival par l’équipe du cagibi, sous la houlette de Willy Ténia et avec les auteurs qui filèrent des dessins. On se croirait à la fanzinothèque, hein ? C’est bien le même esprit partageur et accueillant. Formellement, on se fait plaisir avec les encres à paillettes, des bichro un peu préparées (pas de la surimpression improvisée), des planches de stickers…

Dans la bande du cagibi il y a notamment Albert Foolmoon, à l’origine de ce salon, et aussi, je crois, Oriane Dufort, qui fait de belles choses en papier découpé, notamment ce mini-livre « enrichir son vocabulaire ».

Radio as paper est un zine de Nouvelle Zélande orchestré par Jérôme Bihan. Il n’habite plus en NZ mais continue à faire découvrir des gens de là-bas et d’ailleurs avec Radio as paper, qui se paye le luxe de publier quelques articles de fond au passage (sur le pionnier de la BD en Nouvelle Zélande, par ex…)

L’agonie des supports physiques de diffusion et d’enregistrement musicaux est un essai au titre explicite, et qui commence par citer 3 fois Jacques Attali, ce qui a failli m’énerver. Mais en l’occurrence, c’est une problématisation de départ qui se justifie avec le contenu des citations, et cet essai aussi documenté que pédagogique (histoire de resituer le propos, ça commence par un historique de la musique) est plein de références, il serait dommage de le réduire à la première. Avec une maquette travaillée (fanzine tendance je sais maquetter quand je sors des Beaux Arts, mais sans les tics arty : c’est très lisible et pas du tout snob), et une couverture sérigraphiée chiadée.

Des pastèques explosives, c’est juste une jolie carte de Marion Van den Broucke : je lui aurais bien acheté son livre « en voiture », mais plus de sous.

Car oui, en fin de tour de salon, on n’a plus de sous, alors on repart avec les trucs gratos : cartes, flyers…

Où est passé la journée d’hier fait de beaux livres de photos. Brouhaha édite de jolis dessins et affiches. P.U.T., c’est de la bonne musique, et l’atelier du bourg à Rennes font de beaux dessins en sérigraphie aussi. Ah et j’ai aussi discuté le bout de gras avec un mec qui fait des oeuvres textiles avec des encres végétales, et aussi plein d’autres choses : Pierre-Alexis Deschamps.

Histoire de m’amuser un peu de tout ça, je range les trouvailles dans l’ordre et ça fait presque une phrase :

Brouhaha rue grognard : y a du pâté au bal des chattes. PUT ! Des pastèques explosives. Au feu l’agonie des supports physiques de diffusion et d’enregistrement musicaux! Radio as paper,  enrichir son vocabulaire : faire un zine. Crachoir, je vais te péter la gueule. Où est passée la journée d’hier ? Future is now.

PS du lendemain : pour les lillois, les joyeusetés continuent du 6 au 8 octobre avec le festival Bargraft, organisé un peu par la même bande, et qui en mettra plein les yeux.

Pour les parisiens, il y aura le Fanzines festival à la médiathèque Marguerite Duras dans le vingtième.

Plein nord

Un croquis de la plage de Malo-les-bains peut, bien cadré depuis la terrasse du Cactus, ignorer le port industriel à l’ouest.

Pourtant ce port (le troisième de France en tonnage), son acierie, ses usines Seveso II, ses cheminées et fumerolles, c’est le paysage de Dunkerque, vu depuis les kilomètres de plages où l’on se remplit les poumons et où l’on prononce les mêmes exclamations que sur toutes les plages (elle est bonne, non elle est froide, ah, cet air, ça fait du bien mais ça crève aussi, t’as pas faim ? on va boire un coup ? ha mon amour, tu es merveilleux dans ce crépuscule, etc etc).
C’est beau, alors on y va pour les mêmes raisons que celles qui nous font faire des kilomètres pour d’autres immensités et d’autres bruits de vagues.
Et nous, on aime, ça fait deux fois qu’on y revient. Comme de bons bobeaufs parisiens, on roule de biais sur la digue du Braek en s’étonnant d’y trouver des pêcheurs et en s’extasiant sur cette sacrée fragilité conférée au lieu par l’industrie lourde.
On entrevoit ce qu’implique le confort des voitures individuelles, des routes, des sacs plastiques des smartphones et autres biens de consommation. La multipla est magnifique dans ce crépuscule.

A moins de 20 kilomètres de là, Gravelines, dont le chantier démarra en 1976, est le troisième site producteur d’énergie nucléaire au monde. ça se voit moins, on ne le renifle pas, contrairement au reste.