Décapité, pas dépité.

Au marché cet hiver, un saumon décapité semblait regretter ses vertèbres débitées en tranches. Depuis, j’ai lu un livre qui a pour héros une tête.


J’ai tellement râlé sur les têtes de cervidés, si surreprésentées dans le graphisme et l’art contemporain, que je n’aurais jamais dû ouvrir ce Fétiche. A première vue, c’est un élégant livre d’une dessinatrice douée (Noémie Marsily), qui cache sous une couverture à motifs très géométriques une histoire muette (mais chapitrée), dessinée de son énergique, fouillu et néanmoins élégant trait au crayon de couleurs.
Mais dès les premières pages, il faut se rendre à l’évidence : le fétiche en question, c’est bien ce qui restera de ce beau chevreuil observé par un gamin curieux le long d’une route. Le chevreuil, apeuré, part, et périt.
Le gamin s’en empare et l’empaille. Empaille la tête, bien sûr. La scène à elle seule est croquignolette : oubliées, mes râleries de motif, je savourai déjà l’histoire comme un bonbon anglais. Une confiserie tout en couleurs, y compris sanguines : car dans ce délicieux conte, il n’y a pas que le chevreuil qui y passe. Séparations, retrouvailles, coups du sort : Noémie ne nous épargne rien de ce qui fait les meilleurs mélos. De fait, les âmes sensibles pourront verser leur larme (et les enfants faire leurs cauchemars : ce n’est pas un livre qui leur est destiné), et les autres tenter de s’endurcir en savourant la métaphore finale.

Noémie Marsily a déjà fait quantités de pages ici et là, et même un premier livre (Fouillis feuillu, qui porte bien son nom). C’est ici son premier récit achevé, et chapeau! Il faut noter qu’elle réalise également des dessins animés. Ce livre eut pu être un dessin animé, mais c’est aussi bien de le savourer en tournant des pages, en y revenant, au soleil ou nocturnement, car il est très bien édité par les Requins Marteaux. Je n’en dis pas davantage, c’est muet et cela peut se lire trop vite et se relire sans fin.

Fétiche, de Noémie Marsily, ed. Les Requins Marteaux, 2013, 20 €.

et un petit tour sur le site de Noémie Marsily : http://marsily.net/noemie/

et un trophée de chevreuil dessiné dans un restau de la Vienne en 2011, au passage (comme quoi).

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