Elle est fraîche ma chronique

Bon, un peu de rigueur, maintenant. Je ne dessine pas assez, je lis trop, je ne parle pas assez de mes lectures, si ça continue je vais regarder la télé avec des chips et du soda comme une vraie chômeuse.

Quel rapport avec cette sébaste ? Je l’ai dessinée au marché samedi, comme souvent lorsque je fais la queue au stand. Les poissonniers m’ont repérée, je leur fais souvent le coup. J’ai même dit que je prendrai un jour le temps de dessiner presque tout leur étal (histoire d’apprendre une fois pour toutes à distinguer une sébaste d’un rouget).
Je ne l’ai pas fait.
C’est comme pour les chroniques de livres : je me dis que chaque livre lu (et apprécié) fera l’objet d’une notule, histoire de partager ce qui mérite de l’être… et la flemme enterre tout ça.

Donc, me fiant à la tradition du poisson emballé dans le journal de la veille, j’emballerai mon poisson dessiné d’un livre chroniqué lu la veille.
ça me semble tout à fait logique.

Donc aujourd’hui : une sébaste, et des comptes.

Lire, relire et compter

Que nous raconte de beau l’Oubapo* ?
Des anecdotes, des grivoiseries, des propos de comptoir, des souvenirs et des trous de mémoire, des émotions et un deuil, des fables philosophiques… qui sont aussi des éodermdromes, des carrés magiques, des collages, des théorèmes ou une suite en Pi (pour ne citer que les contraintes résumables).
En fait, ce n’est pas l’Oubapo qui raconte, mais un oubapien : Etienne Lécroart, dans Contes et décomptes, paru récemment à l’Association.
Lécroart, c’est un fortiche, je ne me lasse jamais de lire, relire et offrir son petit patte de mouche Pervenche et Victor (à double lecture lorsque l’on plie les pages en leur milieu, et idéal comme cadeau de mariage à 3 € – ou comme cadeau de divorce)
Lécroart sait manier l’entourloupe, l’insulte et l’allusion sémillante dans ses calculs et jeux littéraires, juste ce qu’il faut pour nous faire surprendre tout en savourant la prouesse.
Et donc il sort un livre de comptes.

Le jeu de mots du titre ressemble à un spectacle de conteur amateur, l’auteur aura sacrifié l’exactitude et la concision à sa verve littéraire, ce n’est pas bien grave, le plus intéressant est sous la couverture : Lécroart crée sous contraintes comme d’autres sous psychotropes, et ça paraît triste à dire, mais pour ce qui est des oeuvres sous influences, je préfère souvent les contraintes aux psychotropes, c’est plus varié.
A noter : le trait de Lécroart a gagné en beauté, avec un traitement au crayon, et une bichro élégante, moins sinueux qu’auparavant, il a pris du tonus avec une mine anguleuse, ça lui réussit.
Neuf chapitres, neuf contraintes, présentées par les deux contorsionnistes alter-ego de l’auteur qui se plient en quatre pour numéroter et expliciter rapidement en quoi consiste le jeu.

Comment lire un récit à contrainte, imagé ou non ? Avec toujours sous les yeux l’horizon du plaisir littéraire, car les oulipiens (et donc les oubapiens) doivent avoir toujours sous les yeux l’horizon de la qualité littéraire, ainsi que le rappelle fort justement Jacques Roubaud en préface (citant François Le Lionnais). Donc on savoure la chronique d’époque ironique, l’autobiographie, la scène de ménage ou de drague, le discours politique… Le savant est égocentrique, le colonisateur est ridiculisé, l’homme des bois est rongé par la société de consommation, le jaloux est un pauvre type. Tout cela est un peu archétypal, ou anti-archétypal, si l’on veut, mais tout ceci tient en de courts récits, que l’on relit, se remomérant la consigne qui les précède (et que, dès le troisième récit, je ne lus qu’ensuite, afin de savourer en toute innocence ce que l’on me racontait, et découvrir d’autres histoires avec d’autres clés de lectures).
Et on rit souvent lorsque l’on relit Lécroart : le lecteur savoure le jeu malicieux, et, n’ayons pas honte de l’avouer, verse aussi sa larme : la contrainte la plus élémentaire est aussi celle qui livre le récit le plus marquant du livre. Ou la douleur ni la pudeur ne laissent des plumes dans le procédé de décompte, et où Lécroart rappelle qu’en Oubapo non plus, on ne fait pas que de l’art pour l’art. On fait le compte, et oui : il y a bien le fond et la forme, dans les formes.

 

Contes et décomptes, Etienne Lécroart, L’Association, 2012, coll. Eperluète, 19 €
Pervenche et Victor, Etienne Lécroart, L’Association, coll. Patte de mouche, 3 €

* OuBaPo : Ouvroir de Bande dessinée Potentielle, déclinaison de l’OuLiPo, Ouvroir de Littérature Potentielle.

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la TVA, le livre, etc

100nuits, c’est fini, et 100jours aussi ! Les sites restent en ligne, mais fini les nouveautés quotidiennes.

ça va nous manquer, beaucoup plus que le président sorti.

J’ai donc fini de raconter mes râleries et autres considérations politiques sur la TVA du livre et le sens de son travail.

Au début, dans mon dernier post de 100nuits, les 12 dernières pages, mal numérotées par mes soins négligents, avaient été publiées dans le désordre sur 100nuits
Histoire de rattraper le coup, j’ai fait un pdf qui reprend cette histoire depuis le début : il pèse 10Mo (hé, 40 pages, tout de même) et il est là : https://toujoursca.files.wordpress.com/2012/05/livretvaweb.pdf

Et, grâce à l’ipade de mon papa (cf plus bas) j’ai pu constater que Macintosh ne gère pas l’affichage des niveaux de gris en pdf dans son logiciel ebooks… donc revoilà un fichier tout couleur (même le N&B) pour les malheureux utilisateurs d’apple : https://toujoursca.files.wordpress.com/2012/05/livre_tvamac.pdf

Et depuis l’équipe technique de 100nuits a remis les pages dans le bon ordre (mais il n’y a pas de téléchargement de pdf sur 100nuits, alors je le laisse ici, si ces 40 pages peuvent remplir quelques liseuses électroniques, ce sera parfait aussi).

c’était ça et sous ta barbe

Je ne fais pas exprès de chroniquer un livre avec « ça » dans le titre. Mais il est très réussi, pas que du titre, et réalisé à quatre mains voire davantage (car édité au Dernier cri : comptons les mains des artistes mais aussi celles des éditeurs qui conçoivent, sérigraphient et façonnent) : C’était ça ou couvrir le monde de crottes de merde.

de : Aurélie William Levaux et Moolinex (de Liège, de Poitiers)

au : Dernier Cri (de Marseille)

Un livre à deux et tête bêche, qui ne perd pas son temps, qui témoigne d’une rencontre bien réelle et bien marquante pour les deux artistes en question.


Aurélie William-Levaux écrit face aux tableaux colorés de Moolinex, qui commente de la même encre rouge les dessins et broderies de cette dernière.

C’était ça ou couvrir le monde de crottes de merde est vendu 20 € accompagné d’un bonus : le livre Super merde, de Moolinex.
C’est drôle, car ce livre en solo témoigne assez bien du caractère de l’artiste, mais met surtout en valeur l’énergie dégagée par C’était ça…
De même, Aurélie William-Levaux vient de publier chez United Dead Artist un superbe livre-carnet : Sous ta barbe mon âme est morte, où elle expose en dessins-états d’âme aux textes brefs une relation (ou plutôt sa fin) douloureuse. AWL dessine et écrit sans fard, on en tressaille parfois -il faut oser- et c’est superbe. Moolinex ne prend pas davantage de gants (Super Moolinex en témoigne assez dans son ambition de provocation égocentrique), mais à vouloir choquer, se dissimule, même à poil.
Mais en duo, habillés sur un lit et dans leur correspondance artistique, c’est explosif, drôle et touchant. Ces deux-là se sont trouvés, et ils le crient à la face du monde. Plutôt que des crottes de merde, ils font un livre, c’est beau non ?

Un de mes extraits préférés, ci-dessous :

(il faut bien regarder le dessin d’AWL pour savourer le rôti de Moolinex)

Cultive-toi-toi-même

Pendant que des américains occupent Wall Street (et que les marcheurs indignés se font inculper à Paris), je profite paisiblement des sorties culturelles lilloises.

Car ce week-end, c’était le Salon fais-le-toi-même, à l’hybride et au cagibi.
Avec samedi soir un très bon concert de Trotski Nautique (alias David Snug et Maud) : de la musique bricolée aux subtils jeux de mots, on ne s’en lasse pas (même avec un son un peu pourri, l’hybride n’étant pas une salle de concert, et le DIY ne prévoyant pas d’ingé son).

Ensuite, il y eut un autre bon concert de Louis minus XVI duo,, dans une salle déjà bien remplie, je me laissai bercer par leurs impros saxo et guitare.

Moi qui me moquais des éternelles photos de « trouvailles de festival » sur les blogs, voilà que je m’y mets, afin de présenter, avec les liens cliquables qui s’imposent, de belles choses vues ce dimanche à Fais-le-toi-même.


Et je commence par tricher : tout en haut, on voit des sérigraphies d’Alain Buyse, qui n’était pas à FLTM #4 mais qui ouvrait les portes de son atelier pour les journées du patrimoine le week-end dernier. Bref.

Je vais te pêter ta gueule‘ est un mini poster-zine abécédaire des coups et blessures trouvé sur le stand de la manufacture errata. Ces lyonnais mériteraient la médaille fltm tant ils cristallisent l’esprit DIY cher à ce festival : ils ont édité le guide « faire un fanzine », vendu à prix libre, et tout à fait pédagogique, et souvent drôle dans son souci pédagogique .Un guide performatif, bourré d’idées aussi dans sa forme : quelques pages personnalisées d’impressions et de collages, de la récup et de l’idée, très classe. Il y a même des fautes d’orthographe, c’est parfait. Je regrette déjà de n’en avoir pris que deux exemplaires, car c’est le genre de zine bourré de bons conseils que l’on laisse traîner en des lieux stratégiques et qui fait pousser les idées chez ses lecteurs.

Ajouterai-je que c’est simple, beau et touchant ? Oui.

En + la manufacture errata fait plein d’autres choses, et j’ai eu en cadeau un mini-zine lyonnais, Rue grognard, fait sur les pentes de la croix-rousse si je ne m’abuse.

Simple, beau et touchant de cet énervement de la jeunesse devant ce monde pourri : les productions de Sardine animal, dont ce Au feu! qui est une drôle de lettre aux générations futures.

Future is now, c’est une publication de Léo Quiévreux éditée à Riga. Beau et sombre comme du Léo Quiévreux.

Il était là, avec Yvang, au stand Crachoir : le numéro 4 de la nouvelle formule de cette revue née en 1992, ils l’ont conçu à deux, avec une bonne idée : proposer des strips, à condition qu’ils ne soient pas drôles. Je n’ai pas fini de le lire, mais déjà le résultat est beau et varié. Et Crachoir est une revue bien campée dans ses strips (parfois drôles malgré tout).

Y a du pâté dans le bal des chattes, c’est le livre édité durant les 2 jours du festival par l’équipe du cagibi, sous la houlette de Willy Ténia et avec les auteurs qui filèrent des dessins. On se croirait à la fanzinothèque, hein ? C’est bien le même esprit partageur et accueillant. Formellement, on se fait plaisir avec les encres à paillettes, des bichro un peu préparées (pas de la surimpression improvisée), des planches de stickers…

Dans la bande du cagibi il y a notamment Albert Foolmoon, à l’origine de ce salon, et aussi, je crois, Oriane Dufort, qui fait de belles choses en papier découpé, notamment ce mini-livre « enrichir son vocabulaire ».

Radio as paper est un zine de Nouvelle Zélande orchestré par Jérôme Bihan. Il n’habite plus en NZ mais continue à faire découvrir des gens de là-bas et d’ailleurs avec Radio as paper, qui se paye le luxe de publier quelques articles de fond au passage (sur le pionnier de la BD en Nouvelle Zélande, par ex…)

L’agonie des supports physiques de diffusion et d’enregistrement musicaux est un essai au titre explicite, et qui commence par citer 3 fois Jacques Attali, ce qui a failli m’énerver. Mais en l’occurrence, c’est une problématisation de départ qui se justifie avec le contenu des citations, et cet essai aussi documenté que pédagogique (histoire de resituer le propos, ça commence par un historique de la musique) est plein de références, il serait dommage de le réduire à la première. Avec une maquette travaillée (fanzine tendance je sais maquetter quand je sors des Beaux Arts, mais sans les tics arty : c’est très lisible et pas du tout snob), et une couverture sérigraphiée chiadée.

Des pastèques explosives, c’est juste une jolie carte de Marion Van den Broucke : je lui aurais bien acheté son livre « en voiture », mais plus de sous.

Car oui, en fin de tour de salon, on n’a plus de sous, alors on repart avec les trucs gratos : cartes, flyers…

Où est passé la journée d’hier fait de beaux livres de photos. Brouhaha édite de jolis dessins et affiches. P.U.T., c’est de la bonne musique, et l’atelier du bourg à Rennes font de beaux dessins en sérigraphie aussi. Ah et j’ai aussi discuté le bout de gras avec un mec qui fait des oeuvres textiles avec des encres végétales, et aussi plein d’autres choses : Pierre-Alexis Deschamps.

Histoire de m’amuser un peu de tout ça, je range les trouvailles dans l’ordre et ça fait presque une phrase :

Brouhaha rue grognard : y a du pâté au bal des chattes. PUT ! Des pastèques explosives. Au feu l’agonie des supports physiques de diffusion et d’enregistrement musicaux! Radio as paper,  enrichir son vocabulaire : faire un zine. Crachoir, je vais te péter la gueule. Où est passée la journée d’hier ? Future is now.

PS du lendemain : pour les lillois, les joyeusetés continuent du 6 au 8 octobre avec le festival Bargraft, organisé un peu par la même bande, et qui en mettra plein les yeux.

Pour les parisiens, il y aura le Fanzines festival à la médiathèque Marguerite Duras dans le vingtième.

Lectures choisies

J’ai fini le seizième « C’est toujours ça » en papier ces jours-ci.

J’y annonce officiellement ce blog que j’apprivoisais depuis quelques temps. J’entends y profiter de la place numérique pour parler davantage de livres appréciés.

Et je commence par une réédition, puisque j’ai déjà parlé de Peindre sur le rivage sur les pages de Grandpapier.

et la suite est ici.

ça va me botter un peu les fesses pour partager les bonnes lectures récentes.

Ah, et l’avantage de ce blog, c’est ça : hop, un lien vers le site de l’éditeur.
et le premier qui envisage d’acheter ce livre ailleurs que chez un libraire indépendant, je le dénonce à hadopi, même si ça n’a rien à voir.
(rappel : les libraires indépendants font aussi de la vente en ligne, par exemple ou ou … )