La ptite hirondelle / La boîte

hirondelle

On finit par comprendre d’où ce poisson tient son surnom, il n’en demeure pas moins assez grotesque. Et néanmoins très fin pour qui le goûte.

Transition toute trouvée pour que je reprenne les mini-chroniques de livres pour accompagner les croquis de poisson (rappel de cette vieille tradition perdue d’emballer le poisson dans du journal).

Parmi mes lectures fraîches et enthousiasmantes, il y a une bande dessinée d’Olivier Texier parue chez Vide Cocagne : La Boîte. Pour être honnête, les livres d’Olivier Texier sont durablement enthousiasmants, et je crains que même lorsque l’on vivra dans une époque moins pourrie, pleine à craquer d’amour et de bon sens, on rira encore à ses sales blagues, on aimera toujours son dessin lâché et un peu tordu par l’énergie ou l’urgence.

laboite_couvLa boîte, donc, est un recueil de gags en cases sur une page et en couleurs, mettant en scène une petite galerie de personnages visiblement tordus : le patron est un pseudo-canard mou aux pattes en chenilles de robot, l’employé à mèche a une unique jambe sur roulette, le stagiaire (à raie au milieu) a 3 jambes, l’employé à moustache est presque un canard, la secrétaire gironde a une tête de dentier… Chacun vaque à ses occupations au sein de la boîte, et chacune de leurs actions n’est qu’une occupation, aussi vide qu’hilarante. Comme si l’absurdité n’était que l’asymptote* de la réalité la plus triviale du travail au quotidien. Le tout brocarde la passion insensée que l’on met à vivre face à des écrans ou entre collègues, pour ne surtout pas risquer de vivre un quelconque épanouissement par ailleurs – et surtout pas dans un cadre familial ou sentimental. Parfaite et grimaçante illustration de la servitude volontaire, qui donne tellement envie de quitter toute obligation professionnelle pour passer son temps à lire les BD d’Olivier Texier, en famille ou avec son amoureux/se. Dans quelques boîtes il doit bien être possible de les lire aussi entre collègues.

Un livre à offrir à sa famille, aux copains en arrêt pour burn out, aux nerds, aux cadres sups débordés, aux consultants, aux managers, aux stagiaires, au chômeurs, aux copains au RSA, aux candidats à la primaire et aux spécialistes du développement personnel ainsi qu’à tous les autres. A ranger à côté des autres BD d’Olivier Texier (par exemple Grotesk, chez Même pas mal), de Coucous bouzon, autre chef d’oeuvre sur le monde professionnel dessiné par Anouck Ricard, et même d’Ordinateur mon ami, de Lewis Trondheim.

Si vous aimez, vous aimerez aussi : Les trois jours qui ont changé le monde, d’Alexandre Géraudie, avec un dessin grimaçant, des personnages aussi bêtes qu’orgueilleux, un suspense présidentiel et un sale buzz.

La Boîte, d’Olivier Texier, éditions Vide Cocagne, 2016, 13 €

*Je fais des métaphores à partir de mes souvenirs des mathématiques ; tout ça pour signifier un point de contact à la limite d’épouser, corrigez moi si vous pensez que c’est un contresens.

espadon estomaqué

espadon

Ce matin, un espadon décapité pointait le ciel d’un air ébahi.

Ce soir, j’apprends le décès de Jacques Noël, qui fut le libraire le plus incroyable que j’aie connu – à la librairie Un regard moderne, 10 rue Gît le Coeur, Paris. On trouvait de vraies trouvailles, au Regard Moderne, ébahis ou impressionnés au milieu des piles de livres ; on repartait surtout avec des raretés, dénichées, rangées avec une mémoire surréelle et conseillées avec goût et tact par Jacques Noël. J’y allais pour ce plaisir de la surprise et de courtes discussions de connaisseurs, parfois aussi pour lui vendre un de mes fanzines ou celui d’amis. Merde, j’y allais trop peu ces dernières années, vraiment trop peu alors que ma culture et mes plaisirs littéraires et graphiques lui doivent beaucoup.

Cet espadon a peu à voir avec la librairie Un regard moderne. C’est juste un hasard des jours, comme une époque qui se clôt et me laisse comme cette tête de poisson.

omble, truite

omble_de_fontaine

En attendant de visiter la pisciculture de Bugeat, on trouve leurs ombles de fontaine à la foire d’Eymoutiers (un coup d’épuisette, un coup fatal sur la tête et voilà notre poisson dans le sac, dégusté quelques heures plus tard : un régal), tous les 1ers et troisièmes jeudis du mois.

Sinon il y a quelques truites dans les cours d’eau (une au moins aperçue hier dans la Maulde), mais il faut avoir la patience de les pêcher.

truite_au_beurre

Quand on a renoncé à la pêche et raté la foire, on se console en allant manger à l‘Auberge de la cascade, à Saint-Martin-Château, réouverte depuis fin juin par Réjeanne, qui y fait de bons petits plats inventifs (mais aussi des classiques à la carte, comme la truite au beurre avec sa ratatouille… on se pourlèche). J’attendais d’avoir testé plusieurs repas avant de faire de la retape : ça se confirme, c’est frais du jour et du marché, l’ardoise change toutes les semaines et même quand il y a du monde et que le menu change c’est sympa et c’est bon, et en + c’est ouvert tous les jours tout l’été (dès l’automne il y aura un jour de fermeture hebdo mais ça sera ouvert encore).

Truite fraîche

truite_de_correze

Un des inconvénients du Limousin, c’est cette distance jusqu’à l’océan Atlantique et ses poissons. Heureusement qu’il y a quelques élevages, notamment en Corrèze, et qu’un pisciculteur fait le déplacement à la foire d’Eymoutiers (tous les 3èmes jeudis du mois).

Son stand : une table de camping avec une balance et trois panneaux de prix : Omble chevalier / truite fario / truite. Derrière lui, un genre de tank sur une remorque, dans lequel il prélève, à l’épuisette, l’espèce et la quantité désirée. Contre à peine trois euros, il estourbit la bestiole ci-dessus d’un geste sûr (les poissons ne gigotent jamais longtemps sur la balance). ça semble cruel, mais guère plus qu’une pêche au filet ou à l’hameçon, quand on y pense. Vu la saveur du plat cuit quelques heures plus tard, avec juste un filet d’huile d’olive, de citron et une pincée de gros sel, je ne suis pas près d’être végétarienne.

PS du 8 juin : il semble bien que le geste sûr du  bourreau ne soit pas sans lien avec la qualité de la chair : ainsi les pêcheurs suisses apprennent à estourbir correctement leurs prises.