Barbue

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Truite fraîche

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Un des inconvénients du Limousin, c’est cette distance jusqu’à l’océan Atlantique et ses poissons. Heureusement qu’il y a quelques élevages, notamment en Corrèze, et qu’un pisciculteur fait le déplacement à la foire d’Eymoutiers (tous les 3èmes jeudis du mois).

Son stand : une table de camping avec une balance et trois panneaux de prix : Omble chevalier / truite fario / truite. Derrière lui, un genre de tank sur une remorque, dans lequel il prélève, à l’épuisette, l’espèce et la quantité désirée. Contre à peine trois euros, il estourbit la bestiole ci-dessus d’un geste sûr (les poissons ne gigotent jamais longtemps sur la balance). ça semble cruel, mais guère plus qu’une pêche au filet ou à l’hameçon, quand on y pense. Vu la saveur du plat cuit quelques heures plus tard, avec juste un filet d’huile d’olive, de citron et une pincée de gros sel, je ne suis pas près d’être végétarienne.

PS du 8 juin : il semble bien que le geste sûr du  bourreau ne soit pas sans lien avec la qualité de la chair : ainsi les pêcheurs suisses apprennent à estourbir correctement leurs prises.

 

Alose (lost radio)

Alose L’alose est un poisson d’eau douce au goût proche du hareng, selon le poissonnier, qui en vend parfois en mars ou avril, moment où elle fraye dans les estuaires pour se reproduire. L’alose vraie (alosa alosa) est un poisson migrateur.

Alose, a lose, jeu de mots facile qui me rappelle que cela fait plus de 20 jours que j’ai perdu l’accompagnement sonore et néanmoins intellectuel de mes journées de travail. Radio France est en grève, et pour de bonnes raisons. Ce lundi de Pâques quelques émissions ont repris mais les échos du mouvement social en cours sont évoqués à l’antenne de France Cul par les journalistes. La grande table invite Alain Supiot pour son livre Gouverner par les nombres, comment en sortir ? C’est bien la logique de RGPP et la gouvernance de l’actuel directeur, plus encore que le déficit de la maison ronde (prévisible au regard de la grosse baisse de subsides, sans parler d’un chantier visiblement mal engagé) qui a déclenché cette grève (et aussi…). On ne sait toujours pas quelles orientations seront proposées mercredi, on parle toujours de suppressions de 200 à 400 postes, de ceux qui font la radio. Et qui continuent à en faire, même en grève, ailleurs que sur les ondes publiques pour expliquer un peu ce qui est en jeu, et comment se fait cette radio-là. Des solidarités émergent, bref : un mouvement. On découvre que du côté de Radio-Canada, c’est déjà pire.

Quand on l’écoute, la radio publique, lire les préconisations de la Cour des comptes et les déclarations de principe (mais n’annonçant rien de plus que des principes) de la ministre de la culture, cela a quelque chose d’énervant. On ne va pas aller jusqu’à remonter aux promesses de campagne de l’actuel Président (la formation tout au long de la vie, rien à voir avec les programmes de la radio publique, il faut croire), ou jusqu’aux déclarations émues du mois de janvier, où la culture et l’éducation nous sauveront de la barbarie… En manque, après ces journées de bande-son, on peut avoir envie de se mêler de ce qui nous regarde.

Le mardi 7 avril,il y eut une petite ballade , avec auditeurs et salariés, devant le ministère de la culture à 17h, puis une deuxième émission par la Société des Producteurs associés de Radio France, à 21h. Puis le dimanche 12 avril, une chaîne humaine, pour ceux qui tiennent à une radio de service public. En espérant que ce ne soit pas encore la lose (d’un acquis du Conseil National de la Résistance).

PS du 15 avril alors que je mets à jour cet article avec de plus en plus de liens : Syntone éclaire très bien les enjeux en cours : http://syntone.fr/luttes-et-creations-a-radio-france/

Sandre du jour

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Il restait du Sandre sur la glace pilée de la poissonnerie Gilbert, à midi. De taille correcte, mais Jérémie m’a précisé que son père, la veille, en a pêché un de plus de deux kilos, et qu’il le cuisinerait en rentrant (avec un plaisir non feint). Les poissonniers qui sont aussi pêcheurs, on leur fait confiance (mais j’ai pris de la vive, je préfère les poissons de mer).

 

vive

Carpe du jour

carpe

Coincée à Paris par des travaux à rendre, je cherche les couleurs de l’automne limousin dans la carpe du marché.

Une carpe d’élevage, mais Jérémie, un des poissonniers, me montre une photo d’un trophée autrement plus imposant, attrapé par ses soins à la ligne dans un étang.

« Mais c’est un peu fade, la carpe. Il faut la farcir, et là c’est bon. »

Du jour au lendemain, sans un au revoir

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Une sébaste hagarde, un saumon ébahi, un colin coi : décapités, les poissons font toujours plus morts, sur l’étal du poissonnier. J’ai dessinés ceux-là ce matin en pensant à la dernière émission d’Alain Veinstein (qui n’est ni mort ni décapité, rassurons-nous).

Cette émission, l’ultime, après 29 ans de bons et loyaux services (publics) à Radio France, aurait dû être diffusée le vendredi 4 juillet sur les ondes de France Culture. C’était pas mal, le 4 juillet, sur France Cul : avant la grille d’été, ils ont eu l’idée de chambouler les programmes par un jeu de chaises musicales : chaque journaliste prenait la place et l’émission d’un autre, on entendit le matin une voix habituelle de l’après-midi, et le soir, l’atelier de la nuit était animé par Tewfik Hakem (habitué des aurores pour son émission de 6h « un autre jour est possible », tenue ce jour-là par Abdelwahab Meddeb, etc…)

Tout était chamboulé, jusqu’à minuit, « du jour au lendemain » étant le lendemain (à 00h), l’émission n’était pas inclue dans cette joyeuse et temporaire valse d’animateurs. Plusieurs, d’ailleurs, l’annoncèrent à l’antenne , et se montraient curieux d’entendre ce « jour au lendemain »-là. Forcément : on savait que ce serait le dernier. Et qu’Alain Veinstein aurait « un invité très spécial : lui-même ». Pour une émission remplie de silence et de paroles littéraires, d’échanges d’idées qui prennent le temps de naître et de s’apprivoiser, c’était une gageure.

Curiosité déçue : à minuit, on eut droit, sans sommation, à une rediffusion d’un « jour au lendemain » antérieur (et tout à fait appréciable au demeurant), avec Pierre Lemaître comme invité. Pourquoi ? l’explication arriva le 9 juillet sur le site de France Culture :  l’émission du 4 juillet n’était pas conforme au cahier des charges. Donc : exit. Pour couper court aux accusations de censure, l’explication est accompagnée du podcast permettant enfin d’écouter les adieux d’Alain Veinstein à son public.

http://www.franceculture.fr/emission-du-jour-au-lendemain-du-jour-au-lendemain-4-juillet-2014-2014-07-05

On y entend la tristesse d’Alain Veinstein, une certaine faiblesse également, étonnante chez un journaliste qui recevait si attentivement ses invités, avec un vrai risque dans ses entretiens (ses silences, donc… que l’on peut voir avec Bénédicte Heim dans le film de Nicolas Philibert La maison de la radio). Derrière, discrète, sa colère et ses désaccords avec la politique de la chaîne. Son envie de continuer à défendre et faire vivre la littérature dans l’art radiophonique. Qui le fera, à l’avenir, à cette place nocturne, et comment ? A l’écouter, je ressens cette pente douce et néfaste qui nous entraîne, dans les métiers du livre, toujours plus bas, malgré la passion que l’on met à faire et à faire vivre notre métier.

Pas de quoi devenir une vieille réac : j’ai assez dit « place aux jeunes », j’attends d’entendre ce qui arrivera de nouveau à cette place-là, minuit sur France Culture, qui a cultivé avec art un auditoire exigeant. Le vide est là, j’espère que les suivants en feront quelque chose de beau. En attendant, ce n’était pas très beau de la part de France Culture de retirer à un producteur son émission d’adieu. Surtout que ces adieux sont loin d’être indignes, et disent l’amour d’un métier, avec la force et la fragilité que la passion lui donne.

pour la soupe

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Le bac à têtes est en bout de stand, et selon les arrivages, peut-être coloré. Un euro cinquante le kilo, mais on vous renseigne aussi généreusement que si vous achetiez de la lotte. J’apprends que pour une soupe de poisson, la tête de sébaste sera parfaite (ce qui mit un terme à ce croquis), et qu’il faut la faire mijoter une bonne heure dans son court-bouillon.

Plie

carrelet

Depuis le mois dernier, on trouve plein de carrelets chez les poissonniers. C’est bon, pas cher, et presque aussi fin que la sole. Mais les limandes sont plus charnues, m’expliqua t-on : elles sont pleines d’oeufs, alors que les carrelets comme celui-ci, qui se reproduisent plus tard, sont maigrichons comme de jeunes amoureux frétillants. On se demande ce qui correspond le mieux à une « pêche durable » : si l’on veut continuer à se régaler de plies et de limandes dans les années à venir, vaut-il mieux manger des mères pleines, ou des reproducteurs qui ne se sont pas encore reproduits ?