Bons veaux

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Depuis le temps qu’on les croise, ce sont sans doute devenus des broutards, mais on continue à dire les veaux, par habitude.

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Tous les matins, ils viennent nous saluer, sur le haut du champ. On prend très vite goût à ce genre de cohabitation. Ils sont quatre, ils sont assez différents, je n’ai pas encore réussi à les portraiturer fidèlement.

Celui que je trouve le plus beau, et que j’ai peint avec une maladresse de jeune veau, est accroché sur les murs de la médiathèque de Felletin, qui accueille mes dessins jusqu’au 8 février.

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C’est une exposition en forme de réponse à la question « pourquoi j’aime faire des livres? ».

Le 8 février il y aura une projection du film de Francis Vadillo Undergronde, et on pourra discuter ensuite.

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Chez Thivaud

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Les 8 vaches ruminent dans le champ du four à pain, elles rentreront juste pour la traite, vers 18h.

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D’habitude elles dorment au chaud l’hiver, mais là, l’étable est pleine.

chezthivaud03_siemmenthal-velleElle accueille deux génisses, ainsi qu’une velle, dans la salle à côté. Elle aura son biberon après la traite.

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Clément a choisi d’élever des Simmenthal, une race mixte lait /viande. Graphiquement je les trouve plus proches des Limousines que des Prim’holstein, pour rester dans mes canons habituellement croqués (elles ont cependant une robe proche des holstein, mais dans des tons marron. Je ne prends pas le temps de dessiner leurs taches).

C’est une race suisse, ça nous permet de plaisanter Roman, qui s’occupe d’elles pendant deux jours et demi, avant que la relève n’arrive. Les fermiers peuvent ainsi prendre quatre jours de vacances – la production de fromages reprendra à leur retour.

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Il reste une lapine dans les clapiers. Bien nourrie, comme les deux truies, à côté, qui boivent du petit lait.

La ptite hirondelle / La boîte

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On finit par comprendre d’où ce poisson tient son surnom, il n’en demeure pas moins assez grotesque. Et néanmoins très fin pour qui le goûte.

Transition toute trouvée pour que je reprenne les mini-chroniques de livres pour accompagner les croquis de poisson (rappel de cette vieille tradition perdue d’emballer le poisson dans du journal).

Parmi mes lectures fraîches et enthousiasmantes, il y a une bande dessinée d’Olivier Texier parue chez Vide Cocagne : La Boîte. Pour être honnête, les livres d’Olivier Texier sont durablement enthousiasmants, et je crains que même lorsque l’on vivra dans une époque moins pourrie, pleine à craquer d’amour et de bon sens, on rira encore à ses sales blagues, on aimera toujours son dessin lâché et un peu tordu par l’énergie ou l’urgence.

laboite_couvLa boîte, donc, est un recueil de gags en cases sur une page et en couleurs, mettant en scène une petite galerie de personnages visiblement tordus : le patron est un pseudo-canard mou aux pattes en chenilles de robot, l’employé à mèche a une unique jambe sur roulette, le stagiaire (à raie au milieu) a 3 jambes, l’employé à moustache est presque un canard, la secrétaire gironde a une tête de dentier… Chacun vaque à ses occupations au sein de la boîte, et chacune de leurs actions n’est qu’une occupation, aussi vide qu’hilarante. Comme si l’absurdité n’était que l’asymptote* de la réalité la plus triviale du travail au quotidien. Le tout brocarde la passion insensée que l’on met à vivre face à des écrans ou entre collègues, pour ne surtout pas risquer de vivre un quelconque épanouissement par ailleurs – et surtout pas dans un cadre familial ou sentimental. Parfaite et grimaçante illustration de la servitude volontaire, qui donne tellement envie de quitter toute obligation professionnelle pour passer son temps à lire les BD d’Olivier Texier, en famille ou avec son amoureux/se. Dans quelques boîtes il doit bien être possible de les lire aussi entre collègues.

Un livre à offrir à sa famille, aux copains en arrêt pour burn out, aux nerds, aux cadres sups débordés, aux consultants, aux managers, aux stagiaires, au chômeurs, aux copains au RSA, aux candidats à la primaire et aux spécialistes du développement personnel ainsi qu’à tous les autres. A ranger à côté des autres BD d’Olivier Texier (par exemple Grotesk, chez Même pas mal), de Coucous bouzon, autre chef d’oeuvre sur le monde professionnel dessiné par Anouck Ricard, et même d’Ordinateur mon ami, de Lewis Trondheim.

Si vous aimez, vous aimerez aussi : Les trois jours qui ont changé le monde, d’Alexandre Géraudie, avec un dessin grimaçant, des personnages aussi bêtes qu’orgueilleux, un suspense présidentiel et un sale buzz.

La Boîte, d’Olivier Texier, éditions Vide Cocagne, 2016, 13 €

*Je fais des métaphores à partir de mes souvenirs des mathématiques ; tout ça pour signifier un point de contact à la limite d’épouser, corrigez moi si vous pensez que c’est un contresens.

Deux tentatives de cèpes

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Malgré la nouvelle lune Manu trouve la récolte décevante. Pas nous – il nous la livre à domicile.

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Il a plu, il fait doux. Il n’a sans doute pas assez plu, déduit-il de la quantité de cèpes sous les bouleaux.

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Deux jours plus tard, Aurore nous offrait aussi quelques magnifiques spécimens. Coupés en deux pour s’assurer qu’ils ne soient pas véreux et que l’on puisse laisser un peu de mousse, pour le goût. Avec cette terre sèche, Aurore ne trouve plus de champignons dans ses coins habituels. Alors elle se met dans la peau d’un champignon, et trouve quelques cèpes.

 

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Ce matin, un espadon décapité pointait le ciel d’un air ébahi.

Ce soir, j’apprends le décès de Jacques Noël, qui fut le libraire le plus incroyable que j’aie connu – à la librairie Un regard moderne, 10 rue Gît le Coeur, Paris. On trouvait de vraies trouvailles, au Regard Moderne, ébahis ou impressionnés au milieu des piles de livres ; on repartait surtout avec des raretés, dénichées, rangées avec une mémoire surréelle et conseillées avec goût et tact par Jacques Noël. J’y allais pour ce plaisir de la surprise et de courtes discussions de connaisseurs, parfois aussi pour lui vendre un de mes fanzines ou celui d’amis. Merde, j’y allais trop peu ces dernières années, vraiment trop peu alors que ma culture et mes plaisirs littéraires et graphiques lui doivent beaucoup.

Cet espadon a peu à voir avec la librairie Un regard moderne. C’est juste un hasard des jours, comme une époque qui se clôt et me laisse comme cette tête de poisson.

Kees dans la rosée des détails

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Aujourd’hui Betsie 2644 n’est pas sortie après la traite du matin, malgré le beau temps de ce deuxième jour d’automne. Avec sa centaine de copines, elle est restée à l’étable, et a pu entendre causer hollandais, français, roumain et ranglais (l’anglais roumanollandofrançais). Ce dernier point est assez habituel dans ce GAEC cosmopolite, mais cette fois ça causait aussi au micro, entre deux morceaux de Bob Dylan ou Nina Simone, avec beaucoup d’émotion. On parlait de Kees, de son parcours, de sa passion, de tout ce que sa forte personnalité a permis de faire éclore. Kees était là de plein de façons différentes, dans tout ce et dans tous ceux qu’on voyait. Son corps, dans le cercueil, a fait une dernière fois le trajet vers l’étable, porté par l’équipe du GAEC. C’est quand même pas courant d’avoir presque autant de vaches que d’humains à sa cérémonie d’adieu, surtout vu la foule. Ça aussi, c’était du 100% Kees.

Kees était un ami, et un ami cher à beaucoup. Quand il a appris son cancer, il y a deux ans et demi, il a commencé à écrire sa vie. Quand il me l’a dit ça a relancé le projet de livre avec lui (un projet commencé avant Saveurs fermières, et mis en pause pour faire ce premier livre ensemble). On savait tous les deux que je le finirai sans lui. Il est à peine commencé : on en était aux discussions. Ça prendra le temps qu’il faut, mais la vie de Kees n’a pas fini de germer dans celle des autres.

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Un dernier croquis pour la route : le mois dernier, à la ferme, quand notre conversation fut brièvement interrompue par une négociation de colza.

 

La rosée des détails, c’est une expression de Khalil Gibran, tiré du texte sur l’amitié, dans Le Prophète, lu et écouté ce 22 septembre au Buisson.